© Arnoult Seveau

Les collines du Petit Luberon ont leurs héros locaux. Le berger Roger Jouve est l’un d’entre eux. Discret personnage, il se raconte dans un livre que lui consacre son ami le paléontologue Arnoult Seveau, « Roger, une vie de berger entre Durance et Luberon», à paraître ce jeudi 2 février.

« Quand on lit ce livre, on se dit que c’est un autre monde. » Son auteur Arnoult Seveau en a pourtant vu : à la fois paléontologue, guide de trek, réalisateur, ou encore régisseur de l’émission «Rendez-vous en terre inconnue», ce globe-trotter était pourtant loin d’imaginer que tout près de chez lui vivait « le Sioux du Luberon ». Sa rencontre avec Roger remonte il y a plus de dix ans : « Il m’a tout de suite plu. Il y a dans ce petit bonhomme à l’allure rustique, du farfadet, du lutin, mais aussi de l’apache, du Sioux», confie-t-il dans la préface de «Roger, une vie de berger entre Durance et Luberon : les mémoires de Roger Jouve ». Un livre inspiré par les nombreuses anecdotes de ce personnage singulier : “Pendant près de dix ans, nous avons partagé, à travers les activités du G.R.E.C. (Groupe de Recherche et d’Étude des Cavités du Luberon), une journée hebdomadaire d’exploration dans les vallons du Petit Luberon (…). Souvent, lors de nos sorties, je notais sur un petit carnet les histoires, les événements qu’il me racontait.” Né en 1936, Roger est le précieux témoin de toute une époque : “Son récit nous parle, on retrouve ce qu’on a vécu”, lui ont confié des lecteurs de sa génération. Pour survivre et agrandir son troupeau, Roger a fait un nombre incroyable de petits boulots : glaneur de plantes aromatiques, planteur de cèdres ou de pins, tailleur de vignes, éleveur d’escargots, trieur de laine…, d’où d’innombrables anecdotes. Les années 70 par exemple, et l’arrivée des babas cool parisiens dans le Luberon est un épisode dont Roger se souvient encore avec humour : “Ils voulaient lui acheter des chèvres sans marchander, juste pour les laisser en liberté”, s’amuse l’auteur.

Gardien de la tradition pastorale

Il y a maintenant dix ans que “Roger l’infatigable” a pris sa retraite de berger et il reste l’un des derniers grands maîtres de la tradition pastorale : l’élevage de troupeau sans barrière ni filet. Autant dire qu’il faut être vaillant avec un troupeau de 1000 brebis. Ce “naturaliste naturel”, comme aime à le décrire Arnoult Seveau, est un puits de connaissance dont l’expertise est très sollicitée par les scientifiques du Parc du Luberon, les étudiants et la nouvelle génération de bergers. “Il incarne aussi un exemple de gestion raisonnée et raisonnable de l’environnement et des ressources naturelles”, ajoute le paléontologue.
Roger subsiste aujourd’hui en vendant tous les dimanches sur le marché de Coustellet des herbes aromatiques et du “migon” (fumier de moutons), un engrais naturel dont il assure avoir été le pionnier régional de la commercialisation. Son stand au marché est très apprécié et c’est là que s’est écoulée la quasi totalité des 200 livres parus en décembre 2016. Que ceux qui n’ont pas encore leur copie se rassurent, un nouveau tirage de 300 exemplaires paraît ce jeudi 2 février à la Librairie du Lézard Amoureux de Cavaillon ainsi qu’à celle du Parc Naturel Régional du Luberon. Et bien sûr, Roger Jouve vous attend de pied ferme à la fin du mois de mars à Coustellet pour vous le dédicacer. L’occasion aussi de faire un geste citoyen car les recettes des ventes du livre viendront compléter sa modeste retraite.

« Roger, une vie de berger entre Durance et Luberon : les mémoires de Roger Jouve » par Arnoult Seveau 
Edité à compte d’auteur, 206 pages, Prix public : 18 €