© Sony Pictures Classics

A l’occasion des dix ans du Nîmes Métropole Jazz Festival, la cité romaine et l’association Jazz 70 accueillaient “Miles Ahead” les 22 et 23 octobre au cinéma Le Sémaphore. Deux projections exclusives dont l’équipe organisatrice peut être fière car le film-événement de Don Cheadle ne sortira jamais dans les salles françaises ! Boîte à Culture était parmi les chanceux spectateurs…

Quitte à raconter une histoire, autant le faire avec panache.” Telle est la réplique de Miles Davis à David Braden, journaliste du Rolling Stone magazine chargé d’écrire sur le come back du trompettiste après 5 ans de silence. Aucun doute, celle que nous conte le réalisateur Don Cheadle n’en manque pas ! Un coup de maître pour un coup d’essai, “Miles Ahead” est un film-fiction audacieux, un polar façon blaxploitation dans lequel on y voit un Miles version « gangster ». Déconcertant et jubilatoire !

L’histoire

New York, 1979. Dans une course-poursuite digne de la série « Les Rues de San Francisco », Miles et son journaliste de chauffeur essaient de semer une voiture à leurs trousses, sur fond de coups de feu et du cultissime album Bitches Brew. L’objet de cette poursuite ? Les bandes d’un enregistrement inédit de Miles pour Columbia, sa maison de disque de l’époque. Mais cette toile de fond entrecoupée de flashbacks n’est qu’un prétexte dont se sert Don Cheadle pour exposer la véritable intrigue : que sait-on de la période dite “silencieuse” du trompettiste ? “Je n’avais plus rien à dire”, confie Miles/Don Cheadle à Dave Braden/Ewan McGregor. Alors celui qui porte avec brio la double casquette réalisateur/acteur s’en donne à cœur joie et imagine, sans jamais faire dans le cliché, les tribulations du génie Davis en proie à ses démons (l’alcool, la drogue, les femmes), hanté par Frances (ex-femme et muse de toujours), en quête d’un renouveau spirituel et musical. “Ce n’est ni un biopic, ni un documentaire”, confirme Vince Wilburn Jr, neveu et batteur du trompettiste mais aussi coproducteur du film.

Miles Davis, un “bad boy” ?

Si les fans du musicien se souviennent encore de la pochette de l’album « You’re Under Arrest » sur laquelle Miles pose avec une mitraillette, les fans de la série Deux Flics à Miami (Miami Vice) ont encore en mémoire un épisode dans lequel le trompettiste incarne un maquereau, “chaînes en or qui brillent” et flingue à portée de main. Une image de « bad boy » qui  lui va plutôt bien… si on ajoute à cela sa passion pour la boxe, on se dit que le Miles campé à l’écran par Don Cheadle est certainement le personnage que Miles lui-même aurait aimé jouer !

On “kiffe” la B.O

“Agartha”, “Solea”, “Black Satin”… au fil de l’action, la bande-son alterne originaux de Miles réinterprétés par la nouvelle garde new-yorkaise (Robert Glasper, Marcus Strickland, Keyon Harrold…) et compositions signées Glasper/Cheadle. Un pont entre tradition et futur, la “quintessence Miles” incarnée par toute une génération de musiciens avec lesquels il se produirait aujourd’hui. Son neveu Vince Wilburn Jr, interviewé à l’occasion de cette projection, le confirmait : “S’il était encore en vie, je suis sûr qu’il jouerait avec Thundercat, Flying Lotus, Kanye West, ou même Lady Gaga !” Preuve s’il en est que la musique de Miles reste résolument moderne et que le film de Don Cheadle a tout pour attirer la jeunesse dans les filets du trompettiste “Prince des Ténèbres”.