© Céline Zug

Le Centre d’Art Campredon met en lumière le travail photographique de Vivian Maier à travers une exposition intitulée “Chroniques Américaines”. Jusqu’au 19 février, les clichés de cette artiste découverte après sa mort s’affichent comme le témoignage des années soixante dans toute leur complexité.

Le mystère Vivian Maier perd de son opacité  à chaque exposition et cette fois c’est le centre d’Art Campredon de l’Isle-sur-la-Sorgue qui lève le voile sur l’œuvre de cette photographe découverte par hasard. Depuis 2008, elle a fait l’objet d’un film documentaire, de plusieurs expositions, de livres, d’une page Facebook … autant d’honneur retrouvé pour cette artiste qui a gagné sa vie en tant que nourrice professionnelle, et qui n’aura pas vu la moitié de ses clichés développés ! Née en 1926 à New York, elle voue une passion sans limite à la photographie, qu’elle pratique sur son temps libre avec la rue comme sujet principal. N’ayant pas les moyens de ses ambitions, elle stocke, des années durant, des diapositives qu’elle emmène à chacun de ses changements de poste. Sans argent, elle met son travail en vente, avant de mourir en 2009. Plus de 120 000 clichés, de nombreuses coupures de presse, des rouleaux non développés, des films en super 8, des enregistrements… et surtout le témoignage d’une vie qui n’a pas dit tout ses secrets. C’est un jeune agent immobilier, John Maloof, à la recherche d’images de Portage Park à Chicago, qui fait l’acquisition de son travail, alors vendu aux enchères pour 400 dollars. Déçu de ne pas y trouver ce qu’il cherche, il remise cet masse de documents au placard, avant de se raviser et de mettre les clichés en vente sur eBay. Sa rencontre avec un historien d’art va le faire changer d’avis sur la somme d’informations qu’il possède et la qualité des photos de cette artiste singulière.
“L’histoire de Vivian Maier commence a être connue à travers le monde entier par sa singularité et par la qualité de ses photographies”, nous livre Laurent Guily, chargé de communication au Centre d’Art Campredon lors de notre visite. Ici, le Musée de l’Isle-sur-la-Sorgue a choisi de mettre en lumière une centaine des clichés en noir et blanc et en couleur de la photographe américaine, depuis les années 50 jusqu’aux années 70 : “Chroniques américaines, ce sont des prises de vues, dans les rues, de personnes, de personnages, d’enfants et même des self-photographies.”

Elle rejoint les grands de la photographie à titre posthume

Toutefois, réduire Vivian Maier à sa seule histoire serait une injustice supplémentaire pour cette femme qui a toute sa place auprès du courant humaniste, représenté par Robert Doisneau ou Willy Ronis . Comme eux, elle n’a eu de cesse d’être témoin de la société dans laquelle elle vit, capturant ça et là ces instants entre gravité et réalisme, montrant ces années soixante où une nouvelle société se dessinait. La rue était son théâtre d’inspiration et le geste photographique un réflexe presque obsessionnel. La commissaire d’exposition Anne Morin, a pleinement saisi la complexité de cette femme rude et sauvage au regard incisif.  L’accrochage de cette rétrospective montre tous les champs du possible explorés par cette insatiable curieuse, qui se colle à son sujet autant qu’elle s’en éloigne. Laurent Guily ne cache pas son enthousiasme pour cette exposition qui le ramène personnellement à sa passion pour les États-Unis, notamment avec sa série en couleurs : “Ce jeu de photos en couleurs me rappelle celui que j’ai connu au USA, autour des série colorées de mon enfance, il me replonge dans ce même état de joie. Ce sont des tranches de vie sans coupures, sans clap, c’est des photos, juste des photos”. 

Tremplin pour jeunes photographes

Le Centre d’Art n’est pas seulement un musée où l’on se délecte des expositions, c’est aussi un tremplin pour jeunes photographes : “Nous avons une volonté de promouvoir des expositions sur la photo, mais aussi des jeunes talents en devenir de la région ou pas“, précise Laurent. Outre l’exposition de Vivian Maier, un espace est dédié à la réalisatrice Isabel Coixet qui présente des photos prises sur le vif avec un simple portable basique, un résultat qui interroge le photographe sur le matériel coûteux et pointu qu’il utilise, tant le rendu de son travail est saisissant ! Des photos prises sur les tournages avec Dennis Hopper, Juliette Binoche, Tim Robbins… comme des instantanés, ne nécessitant aucune préparation. Une belle visite dans cet hôtel particulier majestueux, où il est aussi possible de s’attabler au soleil, en songeant à l’exposition qui nous a fait voyager dans le temps et dans les émotions.

Centre d’Art Campredon
20, rue du docteur Tallet ,- Isle-sur-la-Sorgue
Tel : 04 90 38 17 41
Ouverture du mardi au dimanche de 10 h à 12h30 et de 14 h à 17h30
Tarifs général 7 €, réduits 6 €, gratuit pour les islois, chômeurs, bénéficiaires du RSA et mois de 14 ans.