© Céline Zug

La synagogue de Cavaillon n’a pas d’équivalence en France, véritable bonbonnière plus proche du salon  de “Madame de Pompadour” que de la rigueur qu’impose ce lieu de culte, elle est l’une des plus visitée du pays. Elle témoigne de la longue histoire de la présence Hébraïque dans le Comtat Venaissin et de son histoire avec la papauté.

Pour visiter ce petit joyaux qu’est la synagogue, trop souvent méconnue des vauclusiens, il est conseillé de faire appel à Angélique Lopez, adjointe de patrimoine de la ville de Cavaillon. Elle connaît aussi bien l’histoire du lieu que celle des Juifs du Comtat. « Il y a des preuves de la présence des Juifs depuis l’Antiquité, notamment grâce à un fragment de lampe datant du 1er siècle avant Jésus Christ qui se trouve dans la synagogue ». C’est en effet une longue histoire qui unit les Juifs au Comtat, elle devient singulière à partir du Moyen-Âge lorsqu’ils sont chassés d’Angleterre, d’Espagne et du Portugal, et forcés de se convertir. Le Comtat Venaissin, devenu État Pontifical en 1247 leur accorde alors la protection Papale sur ses terres. Les Juifs ont alors le droit de pratiquer leur culte et sont parqués dans des carrières (quartiers ndlr) de quatre villes : Avignon, l’Isle sur la Sorgue, Carpentras et Cavaillon qui font références aux villes saintes d’Israël : Jérusalem, Hébron, Safed et Tibériade.

Le peuple Juif considéré comme peuple témoin

Cette liberté n’en reste pas moins surveillée, les femmes se doivent de porter la Rouelle (insigne rond et jaune à coudre sur leurs vêtements), tandis que les hommes doivent arborer un large chapeau de couleur identique lorsqu’ils sortent du ghetto. La rue dans laquelle ils résident est fermée à clé le soir et un gardien catholique surveille l’extérieur, rémunéré par la communauté juive. Seule la ville de Cavaillon conserve le témoignage de cette carrière, les autres n’ont pas résisté à l’urbanisme. La papauté considère le peuple juif comme un peuple témoin, considérant leur difficile condition de vie comme la trace du châtiment subi par ceux qui renient le Christianisme. Ce statut très particulier des Juifs du Pape prendra fin à la Révolution, les carrières s’ouvrent, le peuple s’engage dans cette nouvelle liberté et part vers d’autres horizons.

La synagogue : entre kitsch et baroque

Bon nombre de métiers étaient interdits à la communauté juive, la maçonnerie en faisait partie. C’est une synagogue des plus étranges qu’ont livré les maîtres d’ouvrage. Souvent plus proche de l’église catholique et du salon bourgeois que de la rigueur qu’impose les lieux de prières des synagogues. Tout n’y est que couleurs pastel, dorures et fioritures. Lieu central de la vie dans la carrière, elle servait aussi d’école et de salle de réunions. Construite sur les fondations d’une maison, elle est composée de deux niveaux et conserve des caractéristiques propres aux Juifs du Comtat Venaissin. Les hommes étaient en haut tandis que les femmes se retrouvaient au sous-sol, dans le lieu qui servait aussi à cuire le pain, sans voir la célébration du culte. Le fauteuil du prophète Élie est posé en hauteur de façon presque fantaisiste et de nombreux ornements à la feuille d’or font de la synagogue un lieu de curiosité pour les visiteurs qui y découvrent aussi l’influence provençale. Classée en musée, la synagogue est le plus beau témoignage de la proximité qui existait entre la religion et la culture unique des Juifs provençaux.

Patrimoine et Musées de Cavaillon
22 rue de la République
Tél : 04 90 72 26 86