L’auteur prolifique de bande dessinée se lance dans le roman autobiographique avec la candeur de l’enfant qu’il n’a jamais cessé d’être, face à ce père charismatique et tout puissant. Sans le dessin Joann Sfar se livre avec des mots aussi imagés que ses planches et choisit de vagabonder au grè de ses souvenirs.

« Sur les tombes juives, on interdit de faire figurer des photographies afin que la mémoire ne se fixe pas sur un moment de l’existence du défunt. Il faut beaucoup d’imagination pour remonter le temps et laisser derrière soi les images de l’agonie ou de la vieillesse ».  C’est pour lutter contre cette terrible image que Joann Sfar a dû écrire ce livre. Lui qui n’a eu de cesse d’admirer l’homme engagé, le frondeur, l’homme à femme, le survivant d’un veuvage qui laissa père et fils seuls pour avancer dans la vie, et à présent un homme pas tout à fait mature qui cherche un sens au temps qu’il lui reste. « Cela se produit à la mort du père : on n’a plus personne à épater » alors on raconte des histoires de façon compulsives, une sorte de thérapie à coups de souvenirs et de réflexions improbables. La culpabilité en héritage et l’envie de vivre chevillées au corps, c’est la dichotomie qui règne sur ce livre en forme de Kaddish contemporain. Quand il se fait intime d’une pirouette, il revient à l’humour et c’est un récit décousu et élégant qu’il livre aux lecteurs à défaut de pouvoir le faire à ce père si absent.

Joann Sfar
Comment tu parles de ton père
Albin Michel