©Céline Zug

Gaël Anasse est tombé dans la création dès son plus jeune âge, au côté de son père sculpteur. Il peaufine peu à peu son propre style avec le bois et la terre, autour de créations où la matière prend sens.

Gaël Anasse vient de s’installer dans un nouvel atelier du 8 rue du Pont de Trouca à Avignon, où il retrouve le plaisir de sculpter la terre : “J’avais un peu délaissé cette pratique par manque de temps jusqu’à ce que je remette les mains dans l’argile et que je découvre que le geste avait une mémoire. J’éprouve un grand plaisir à revenir au modelage de cette matière qui crée des sensations presque organiques“. Chez les Anasse, l’art est une affaire de famille. Gaël pratique son art sous le regard bienveillant de celui qu’il appelle “Michel”, son mentor, qui a quitté ses montagnes de Haute-Provence pour venir vivre près de chez son fils. Sa mère Nicole était une céramiste reconnue qui n’a pas manqué d’influencer les deux garçons de la famille. Le frère Sylvestre a choisi la photo et la peinture tandis que Gaël passe aisément de la céramique à la sculpture. La grande tribu Anasse a su trouver sa voie indépendamment les uns des autres : “Mon frère et moi avons toujours aidé nos parents pour le gros œuvre, c’était une façon de se faire de l’argent de poche, mais nous n’avons pas fait le travail à leur place et ils ne nous ont jamais rien imposé. Avoir baigné dans cet univers nous a forcément influencé, mais cela s’est fait en toute liberté“. Gaël est aussi un régisseur-concepteur recherché, il voue une passion à la lumière et a participé aux expositions Créalux à la Chartreuse de Villeneuve les Avignon et de Lourmarin comme commissaire d’exposition : “C’est un travail complémentaire à celui de sculpteur, tout vient de la lumière dans une œuvre, quelle qu’elle soit“.

Retour à la matière pour cet artiste protéiforme

C’est du côté de Valauris que la famille a imposé sa griffe “surtout celle de Michel qui a répondu à de nombreuses commandes publiques“, Gaël s’est fait remarquer une première fois dans la Cité des Papes avec son “Art Têtes Galerie”. “Il y avait des œuvres déposées par des artistes que nous nous chargions de mettre en valeur, c’était une belle aventure. Je crois beaucoup au collectif, c’est toujours constructif d’aller à la rencontre d’autres artistes. J’aimerais que ce nouvel atelier soit aussi un lieu d’échange, comme l’était cette galerie“. A l’intérieur d’un hôtel particulier, entre jardin et garage, Gaël bénéficie d’un puits de lumière qui nourrit ces nouvelles créatures. Façonnées avec volupté, elles ont la grâce du geste précis de son auteur. Les sculptures de Gaël captivent, elles dégagent une chaleur tranchée par des formes cubiques plus froides, comme pour brouiller les pistes de cet artiste d’apparence débonnaire. Le gigantisme ne lui fait pas peur pour autant, il s’attaque avec la même gourmandise à un tronc d’arbre qu’à un bloc de pierre. Des visages naissent parfois là où nul n’aurait su les voir :”Il y a déjà quelque chose dans un tronc d’arbre, ce que je vais en faire dépend souvent de ce qu’il offre au premier regard“. Ainsi naissent des mélèzes au visage primitif, des totems aux détails infinis et tant d’autres sculptures à venir qui sont encore sur le papier, griffonnées avec fièvre par un artiste à l’imagination sans frontière.