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Folco de Baroncelli-Javon, marquis-manadier écrivain et fondateur de la Nation Gardiane de Camargue était à l’honneur samedi 19 novembre le temps d’une conférence animée par l’enseignant Claude Ayme à la Bibliothèque Municipale du Pontet. Pierre de Mongolfier, petit-fils octogénaire du Marquis, avait fait le déplacement.

Tout près de la place Crillon à Avignon, une rue porte son nom. Le Palais du Roure fut fondé par sa famille. Mais qui était donc Folco de Baroncelli ? L’enseignant en généalogie Claude Ayme a retracé deux heures durant le destin pour le moins atypique de « Lou Marqués ». Jugez plutôt : issu d’une famille de la noblesse florentine installée dans le Comtat Venaissin au XVème siècle, le marquis naît à Aix-en-Provence en 1869 et grandit sur les terres gardoises de Bouillargues. Une enfance imprégnée de la vie camarguaise, aux côtés de sa grand-mère dont les anecdotes sur le folklore le marquent à jamais, tout comme les courses de taureaux et les ferrades auxquelles il assiste à Aigues-Mortes. Il fait ses études secondaires à Nîmes, alors capitale des félibres : c’est là qu’il rencontre Roumanille puis Frédéric Mistral en 1889. Dès 1890, il publie un premier ouvrage en provençal, l’année suivante, il fonde avec Mistral le journal L’Aiòli, et fait du Palais du Roure d’Avignon, le temple du Félibrige.

Lou Nacioun Gardiano : sur les traces de Buffalo Bill

“Lou Marqués” aurait pu vivre confortablement dans la Cité des Papes mais c’est sur les terres hostiles de la Camargue qu’il choisit de s’installer, sans eau ni électricité. Le petit-fils du marquis se souvient : « je séjournais au mas une fois par an et nous allions chercher l’eau jusqu’au Saintes-Maries. » En 1909, le « cowboy solitaire » crée la Natioun Gardiano (la Nation Gardiane) pour défendre et maintenir les traditions camarguaises. Folklore, langue provençale, réhabilitation de la race pure du taureau et du cheval blanc de Camargue, défense de la cause des gitans, sont autant de luttes que le marquis devenu manadier ne cessera de mener. Il ira même jusqu’à organiser des manades place du Palais des Papes et des courses dans les arènes de la Barthelasse ! Folco instaure aussi de nouvelles traditions en s’inspirant du Wild West Show de Buffalo Bill lors du passage de ce dernier dans le Midi en 1905. Les 2 hommes se lient d’amitié et le manadier propose les services de ses gardians qui participent aux spectacles de Buffalo avec les Indiens et les cowboys. Qui aurait pu imaginer un western en Provence ? Cette connection avec les Etats-Unis perdure aujourd’hui encore puisqu’une partie de la descendance de Baroncelli-Javon vit en Louisiane.

Bel hommage que cette rétrospective truffée d’anecdotes croustillantes de celui qui, selon Claude Ayme, n’a pas eu la reconnaissance qu’il méritait : «Une très grande place est faite à Frédéric Mistral et c’est à juste titre mais il y a d’autres personnages tout aussi importants dans l’histoire provençale.» Le descendant du Marquis, Pierre de Montgolfier, très ému, félicite le conférencier. Une émotion partagée par l’assistance, consciente d’avoir été temoin d’un moment privilégié d’histoire.

 

De gauche à droite : Pierre de Montgolfier, petit-fils du Marquis de Baroncelli et Claude Ayme, conférencier