Juliette Binoche et Alexandre Tharaud, “Vaille que Vivre” ©Christophe Raynaud de Lage
 

 

Juliette Binoche et le pianiste Alexandre Tharaud font revivre la charismatique Barbara avec « Vaille que vivre », une création inspirée en partie de « Il était un piano noir », récit autobiographique inachevé de la chanteuse, publié en 1998, un an après sa disparition.

Composer une musique pour un spectacle qui reflète l’œuvre et la vie intime de Barbara sans pour autant les paraphraser, tel est le défi que le pianiste Alexandre Tharaud s’est lancé à la création de ce spectacle. Déclamer des textes personnels de Barbara et se mettre dans la peau de cette si subtile personnalité, tout en traduisant à la fois la soif de vivre et une profonde mélancolie, tel est le rôle de composition que Juliette Binoche a dû créer, modeler, apprivoiser et maîtriser.

Une scénographie à l’image du for intérieur de Barbara

Sur une scène à la fois dénudée et vêtue d’un majestueux piano à queue, enveloppée de pénombre et saupoudrée de lumière froide à coups de douche et de poursuite, Alexandre Tharaud et Juliette Binoche redonnent vie à l’artiste et la femme qu’était Barbara. Le jeu subtil de l’éclairage oscillant en permanence entre lumière et obscurité, traduit avec justesse et finesse ce qui animait le for intérieur de la chanteuse : le bonheur que lui procuraient la scène et le contact avec le public, la joie de vivre et tant d’amour à donner, mais aussi les effroyables moments de solitude, les cicatrices et les blessures d’un passé tabou et indélébile. Le piano à queue, instrument de prédilection de Barbara, élément matériel principal de cette grande scène vide,  prend à lui seul, tout l’espace de par sa majestueuse prestance physique et sonore.

UNE GRANDE PERFORMANCE D’ACTEURS

Alexandre Tharaud a sans doute beaucoup cherché, avec l’infinie admiration et le profond respect qu’il voue à Barbara depuis son enfance, pour parvenir à retranscrire en musique l’univers intime de la chanteuse. Quant à Juliette Binoche, toujours aussi belle et charismatique, elle a réussi à nous transcender une fois de plus : on sent clairement qu’elle a spécifiquement travaillé sur le volume de sa voix, sur les intonations et sur la respiration tout en subtilité pour s’effacer et laisser place à Barbara. Au delà de cela, il lui a également fallu, à travers le regard, la gestuelle et les expressions du visage, montrer la femme artiste, la femme enfant, la femme médiatisée mais aussi la femme seule et en quête d’un amour qu’elle ne gagnera jamais.

Un juste équilibre entre récits et chansons

Tout en dévoilant l’être intérieur de Barbara, « Vaille que vivre » met aussi en scène quelques unes de ses chansons faisant parfaitement écho à son propre vécu, à travers la voix de Juliette Binoche qui s’est prêtée avec brio à ce périlleux exercice. On salue généreusement cette performance risquée mais joliment aboutie d’Alexandre Tharaud et de Juliette Binoche. Le secret de cette réussite tient certainement en grande partie du fait de leur amour sincère et respectueux pour cette immense artiste qui marquera à jamais l’histoire de la chanson française.