L’autisme est au coeur de “J’entrerai dans ton silence”, la nouvelle création de la Cie Serge Barbuscia ©Céline Zug

La Compagnie Serge Barbuscia a présenté sa dernière création au Théâtre du Balcon ce vendredi 1er juin. “J’entrerai dans ton silence” a pour sujet l’autisme et tout particulièrement celui d’Hugo Horiot. C’est l’histoire racontée par sa mère, Françoise Lefèvre, qui a inspiré le metteur en scène. Il en a fait un objet théâtral ardent et plein d’amour qui sera joué durant le Off d’Avignon.

Il y a parfois des histoires d’amour avec un grand “A”, et d’autres avec le même grand “A” qui rime avec autisme. Commence alors un combat qui se fera contre tous, institutions, médecins, société … et qu’il ne faut pas perdre. C’est ce que se dit cette mère courage face à un fils qui ne connait que des rejets. Françoise Lefèvre le raconte fort bien dans son livre “Le petit Prince cannibale”. Quelques années plus tard, l’enfant devenu grand lui fera une réponse littéraire dans : “L’empereur c’est moi”. Mais avant d’en arriver là, ce sera un long, très long cheminement pour le faire sortir de ce monde verrouillé et douloureux. Une histoire aussi poignante ne pouvait pas laisser Serge Barbuscia de marbre. L’auteur et metteur en scène s’en est emparé et en a fait “J’entrerai dans ton silence”, sa création de l’année pour le Off, s’autorisant même un rôle !

Faire tomber les barrières de la différence

“J’entrerai dans ton silence” est le titre juste pour raconter cette histoire d’autisme faite de passion et de violence. La Compagnie Serge Barbuscia a travaillé au plus près du sentiment de frustration que vivent mère et fils. la comédienne Camille Carraz est cette mère qui apprivoise l’enfant sauvage. Fabrice Lebert incarne le petit Julien que Hugo, l’auteur, va tuer “il n’était pas très intéressant“, un gamin impossible, un cannibale attachant qui ne laisse aucun répit à son entourage. Le narrateur, Serge Barbuscia, apparaît discrètement pour désamorcer cette bombe à retardement, cette force destructrice d’amour et raconte pêle-mêle la différence.

Vivre sans guérir

Il ne faut jamais sous estimer le pouvoir de l’amour maternel. Même épuisée, torturée, esseulée, cette mère voit apparaître des victoires. Pas de celles qui sautent aux yeux mais qui se lisent dans ces petits bouts du quotidien. Comme par exemple, la coiffeuse qui va pouvoir toucher cet enfant “en forme de papier verre”, ou encore qui va sortir de la voiture sans hurler … et six ans plus tard, ce garçon va enfin prononcer son premier mot. Une nouvelle naissance pour Hugo, “je ferai des mots des armes“, qui va enfin vivre, mais guérir n’est pas possible. Cette différence saute aux yeux du spectateur, ballotté par le jeu ardent des comédiens. Voir cette pièce et changer son regard sur la norme est-il vraiment possible ? Qu’importe puisque durant un peu plus d’une heure, cette différence se vit et s’imprègne en chacun. La puissance du théâtre est d’être là où on ne l’attend pas, de s’emparer des sujets sociétaux et d’inviter le public à la réflexion. Un bon spectacle fait parfois avancer plus vite que de mauvais discours, à vous de vérifier !

J’entrerai dans ton silence
Théâtre du Balcon
38, rue Guillaume Puy
Tél : 04 90 85 00 80

Du 6 au 28 juillet à 17h20
jours de relâches
les 10, 17 et 24 juillet.