Il y a maintenant cinq ans, Gérard Gélas, directeur du Théâtre du Chêne Noir, faisait confiance à une jeune danseuse inconnue : Andréa Bescond. Avec son compagnon, nettement plus connu du milieu théâtral, Eric Metayer, ils ont construit une pièce coup de poing « Les Chatouilles ou la danse de la colère » dans laquelle Andréa Bescond seule en scène interprétait plusieurs personnages. Une histoire qui n’était autre que la sienne, sous les traits d’une petite Odette abusée dans son enfance par l’ami de la famille. Elle envoyait des uppercuts au public à coup de danse et de rage, ce qui lui a valu un Molière en 2016.

Des planches au cinéma

Militants contre la pédophilie Andréa Bescond et Eric Metayer ont voulu toucher un autre public en transposant cette histoire sur grand écran. Le film sortira le 14 novembre mais c’est au Capitole Studios (au Pontet) qu’il a été présenté en avant-première mardi 9 octobre. Le film est une totale réussite, poignant, authentique et sans pathos. Andrea interprète son propre rôle au rythme des percussions claquantes de Clément Ducol. Le musicien donne sa dimension urbaine et hip-hop aux moments de dérives de la jeune femme en pleine auto-destruction. Elle tombe, elle souffre, elle encaisse mais elle se relève … toujours plus bancale. Jusqu’au jour où la parole se libère.

Un casting impeccable

Le sujet est noir mais la vie est partout « même si on est brisé à vie par un acte pédophile, on n’a pas d’autres choix que de vivre avec, livre Andréa Bescond. D’où l’importance d’être reconnu comme victime et de savoir un jour en sortir pour essayer d’avancer. Mon histoire est celle de 700 enfants par an victimes en France, et là ce sont ceux qui parlent, on ne sait pas ce qu’il en est de ceux qui se taisent ». Pour incarner ses parents, elle s’est entourée de Karin Viard et Clovis Cornillac qui forment un couple crédible et sans complaisance. Pierre Deladonchamps est troublant en prédateur sexuel et Carole Franck attendrissante en psy dépassée. Le film s’avère nécessaire pour délier la parole et il faut y aller aussi parce qu’on y rit, on s’y révolte … nos sentiments sont des montagnes russes mais jamais il n’est question d’apitoiement, c’est digne et courageux.