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Ce mercredi 11 janvier sort en salle « Born to be blue », le film de Robert Budreau qui retrace une partie de la vie de Chet Baker. Le Cinéma Utopia a eu la bonne idée de présenter ce biopic en avant première ce mardi soir et d’organiser un échange entre le public et l’un de nos spécialistes de jazz préférés, Jean-Paul Ricard, fondateur de l’Ajmi.

Un son de trompette si particulier “toujours en dessous de la note”, des silences, des mots à peine susurrés, une voix qui appelle le frisson, une sensibilité à fleur de peau, une gueule d’ange, Chet Baker a toujours fasciné, autant pour son personnage que pour sa musique. Il continue, trente ans après sa mort, de susciter la passion. C’est avec Born to be blue, un drame musical que Robert Budreau lui rend hommage au cinéma et pour ce biopic, il a confié à Ethan Hawke la lourde tâche d’incarner Chet Baker. Le réalisateur canadien s’est intéressé à la période sans doute la plus sombre de sa vie, celle où en 1966, alors héroïnomane, il se retrouve la mâchoire brisée, suite à un règlement de compte avec des dealers. Le trompettiste ne peut plus jouer et doit réapprendre à souffler. Heureusement, pour l’aider dans ces années douloureuses, le réalisateur met sur son chemin la très belle Elaine (Carmen Ejogo), dont Chet tombe éperdument amoureux, un personnage fictif, qui est en fait une “compilation” de plusieurs de ses conquêtes. « On est au cinéma ! » s’amuse Jean-Paul Ricard, « Cela dit, le choix de cette période me paraît judicieux car cinématographiquement parlant, c’est celle qui se prêtait le plus à raconter l’histoire. (…) On sait aussi qu’il a eu plusieurs histoires d’amour et ici, on la réduit à une… Je trouve que là, on est vraiment dans la tradition hollywoodienne ! » nous confie le spécialiste.

Esthétique

Même si Born to be blue, n’est pas réellement fidèle à la vie et l’œuvre de Chet Baker, c’est un film documenté, qui bénéficie effectivement d’une esthétique léchée. Les paysages californiens, où se situe l’action, sont magnifiques. En guise de clin d’œil, les initiés voient défiler ça et là, des plan tirés des plus célèbres photos de l’immense musicien. Même les couleurs, bleu pastel et brun utilisées ont toute leur importance pour le réalisateur qui voit en elles la symbolique des années 50/60.

Improvisation autour de Chet

C’est Ethan Hawke qui a suggéré à Robert Budreau d’improviser sur la vie de Chet Baker à partir de cet événement marquant et tous deux ont travaillé main dans la main sur le scénario. Un travail de longue haleine, qui s’est poursuivi pour l’acteur américain avec l’apprentissage de la trompette et du chant : «Le premier jour d’enregistrement a été long et pénible, mais Ethan s’en est sorti et on était content de savoir qu’on touchait au but. Sauf que le matin suivant, en arrivant au studio, on s’est aperçu que la session avait été effacée. Ça a été un coup dur et Ethan a dû tout refaire. Mais il a été incroyable et il a rechanté les morceaux encore mieux que la première prise» livre le réalisateur.
Ce n’est donc pas la voix charismatique du jazzman que les fans ont plaisir à entendre, mais celle du comédien qui s’est montré très appliqué. Quant à la trompette, c’est le jazzman canadien Kevin Turcotte qui s’emploie à imiter le style de Chet, pourtant inimitable. « Dès la 3ème seconde du premier morceau, je savais que ce n’était pas Chet Baker … » nous précise Jean-Paul Ricard. « On entend sa musique mais ce n’est pas lui qui la joue, et ça, ça fait toute la différence … » regrette celui qui a eu la chance de programmer le trompettiste à la Chapelle des Pénitents blancs à Avignon à la fin des années 70. Un de ses plus beaux souvenirs de concert.

Miles, Chet et bientôt Django …

Born to be blue s’inscrit donc dans la série de biopics hommage aux jazzmen, tout comme Miles ahead, la fiction du réalisateur Don Cheadle, inspirée de la vie de Miles Davis, et Django, un film français dont la sortie est prévue en avril 2017 avec Reda Kateb dans le rôle de Django Reinhardt. On a voulu connaitre l’avis du spécialiste sur ce sujet : « Les petites remarques que l’on peut faire par rapport aux films, c’est secondaire ! Comme le faisait remarquer un spectateur tout à l’heure à l’issue de la projection, je pense que ce qui est important, c’est que ça donne envie aux gens de réécouter ou d’écouter pour la première fois ces musiciens là ! » conclut Jean-Paul Ricard.

Born to be blue
réalisé par Robert Budreau, avec Ethan Hawke actuellement en salle

Cinéma Utopia La Manutention
4 Rue des Escaliers Sainte-Anne, Avignon
Tél : 04 90 82 65 36