Charles Gonzales dévoile son immense talent de comédien dans “Les carnets d’un acteur” ©Céline Zug

La toute nouvelle création du dramaturge et plasticien Alain Timár a été dévoilée au public avignonnais durant quatre jours. “Les carnets d’un acteur” est un seul en scène pour le comédien Charles Gonzales qui livre une prestation époustouflante. Le texte au cordeau et la scénographie déglinguée donnent corps à une pièce rude, lucide, érudite et parfois drôle. La création du directeur du Théâtre des Halles est prête pour le Festival Off d’Avignon et sera programmée du 6 au 29 juillet.

“Les carnets d’un acteur”, voilà la nouvelle création du dramaturge, plasticien et directeur du Théâtre des Halles, AlainTimár . Pour soutenir un texte aussi exigeant avec un metteur en scène qui n’aime pas l’à peu près, il fallait un comédien aussi érudit et solide que l’est Charles Gonzales. Et pour réunir deux fortes personnalités de cette envergure, le projet devait être ambitieux. Il s’est dessiné au cours de l’hiver lors de nombreux échanges téléphoniques dont l’issue a été de retenir plusieurs textes : deux sacrés, “Les psaumes” et le “Qohélet”, “Les carnets du sous-sol” et “Le rêve d’un homme ridicule ” de Fédor Dostoïevski,  ainsi que quelques textes de Shakespeare.  Cette improbable mixture de textes religieux et de littérature russe et anglo-saxonne a donné naissance à un personnage qui fera date : Fédor.

Un homme de ménage frustré et possédé

Il parle seul, il déblatère sur des comédiens tous plus mauvais les uns que les autres, il refait le monde à sa façon et surtout il éructe d’un trop plein de savoir. Fédor est épuisé d’écouter les quolibets de ces mauvais interprètes, alors un soir il fait tomber le rideau et il joue, pour lui et pour l’amour de ces mots qu’il tient prisonnier et qui le rend fou. Il est possédé, il libère sa colère contre l’humanité qu’il dénonce avec véhémence, mais il rit aussi, d’un rire candide aussi furtif que surprenant. Il ne joue pas Othello, Hamlet, Le Roi Lear … il les habite. La scénographie est dépouillée, colorée et inventive et d’une profondeur absolue. Alain Timár fait le choix d’une mise en scène occupant rigoureusement l’espace. Pour donner du rythme, la musique de Kodaly en filigrane est dosée avec parcimonie. Le comédien est un Fédor qui irradie de sa présence magnétique. Sa folie est empreinte d’une lucidité glaçante, son humanisme est intense et son combat contre lui-même est une ode poétique à ceux qui se tiennent sur le fil dans un monde sans pitié.