Raymond Duffaut part avec la fermeture de l’opéra © Céline Zug

Raymond Duffaut, directeur artistique de l’opéra du Grand Avignon, a tiré sa révérence ce vendredi 16 juin, devant une salle pleine à craquer, et après 43 ans de bons et loyaux services entièrement tournés vers la culture. Rencontre avec cette intarissable figure avignonnaise.

Le rideau est tombé sur 43 ans de carrière pour Raymond Duffaut : “C’est plus qu’une carrière c’est une vie !” nous a confié le directeur artistique de l’Opéra du Grand Avignon, au matin de la grande cérémonie que préparaient ses amis en coulisse. Vendredi 16 juin, il a terminé sa mission de directeur artistique autour d’un spectacle surprise concocté par son épouse, la metteuse en scène Nadine Duffaut. L’occasion pour lui de retrouver des talents qu’il a lui même découvert et de nombreuses personnalités politiques, qui ont jalonné son parcours professionnel. Les souvenirs se bousculent pour cet homme de 76 ans qui n’était qu’un enfant la première fois qu’il poussait les portes de cet impressionnant édifice baroque. “Je venais voir Faust un 7 février 1949 , c’était mon premier opéra. J’avais sept ans et j’étais avec mes grand-mères. J’ai vu cet opéra un nombre incalculable de fois depuis ce jour“. Il confiera les clés de “La maison” à Pierre Guiral qui connaît bien les lieux puisqu’il a été directeur par intérim et ancien directeur de l’Action Culturelle du Grand Avignon : “Je lui fais toute confiance, Pierre est aussi un musicien et a une sensibilité particulière pour gérer une maison qui compte de nombreux corps de métiers”. Lui qui a géré le personnel avec fermeté et humanisme ne part pas sans émotion : “Nous étions une grande famille de l’art lyrique“. De la couturière au technicien, du chef d’orchestre au danseur, tous avaient droit à sa poignée de main virile et son sourire généreux chaque jour : “Il y a plusieurs générations d’avignonnais ici, mais aussi des intermittents, des résidents, des passagers … il est important qu’après 43 ans, je n’ai rien perdu du contact humain qui me lie à eux“.

Des chorégies à la fermeture de l’opéra

L’opéra ferme ses portes pour deux ans de travaux. Construit en 1847, il avait grand besoin d’être au normes en vigueur et d’un rafraîchissement. “J’espère qu’ils garderont son âme, je ne me suis jamais lassé de venir y travailler“. Raymond Duffaut a vu changer l’opéra dans son ensemble depuis sa fonction de directeur des Chorégies de 1981 à 2016, à celle de l’Opéra Théâtre de 1974 à 1985 et de 1989 à 2002 . “L’opéra a considérablement évolué. Quand je suis arrivé ici en 1974, on jouait un opéra tous les jeudis et une opérette tous les dimanches, je vous laisse imaginer les conditions de travail (…). Il y a eu de grands metteurs en scène qui s’y sont intéressés, comme Chéreau ou Jean Vilar, qui aurait fait un grand metteur en scène d’opéra. Ils y ont apporté une autre dimension, plus spectaculaire voire plus cinématographique. Le public à lui aussi changé, il est plus cultivé mais moins curieux. Il lui faut de grands noms pour venir au spectacle. Président du Centre français de promotion lyrique depuis 1996, il a œuvré pour créer le Concours Jeunes Espoirs. “Des personnalités comme Nathalie Dessay, Julie Fuchs, Armando Noguerra … ont pu sortir du lot (…). Les jeunes doivent être de plus en plus armés pour lutter contre la concurrence dans le milieu. Sans être purement nationaliste, on a un très bon niveau français, lié à la formation entre autre, il faut le mettre en avant. Mais ailleurs, ils ont aussi fait un bon en avant, comme en Corée“. Il quitte l’opéra mais sa passion pour le lyrique reste intacte bien qu’inquiet pour son avenir : “La coupe de 900 000 € du Grand Avignon va faire beaucoup de mal, je l’ai dit au président Jean-Marc Roubaud“. L’homme n’a pas la langue dans sa poche c’est bien connu ! La loge 1 ne verra plus son fidèle occupant s’y installer, tout près de la scène. “Sait-on jamais ce qui peut arriver “. Sa passion dévorante se fera en tant que spectateur : “J’ai encore beaucoup à découvrir et ne pourrai pas me passer d’opéra“, conclut Raymond Duffaut. Son âme restera à jamais dans ce lieu mythique avignonnais qui lui doit tant. Et qui sait peut-être qu’à sa réouverture, il sera baptisé de son nom, ce ne serait que justice pour celui qui lui a donné tout son amour.

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BàC s’est entretenue avec Raymond Duffaut à l’Opéra Théâtre d’Avignon
Journaliste : Céline Zug
Images et montage : Jean Fichefeux, Thomas Imbert