Et soudain, dans la tourmente avec Claudine Van Beneden ©Céline Zug

Ecer est assise. Le dos tourné, elle s’adresse à Monsieur Blachon son employeur. Chez lui, elle est femme de ménage. Elle lui annonce que c’est le dernier jour qu’il la voit. Ecer lui fait ses adieux. Elle va partir « sans se retourner » un peu comme elle l’a fait il y a trente ans, quand elle a quitté son pays … Elle lui explique qu‘elle n’a pas hésité à se vêtir d’habits sombres pour partir seule, avec sa petite valise dans la nuit, alors qu’elle avait 16 ans, loin des siens pour échapper à un destin tout tracé par ses parents. Et surtout pour ne pas se retrouver comme sa sœur, pendue à un radiateur alors qu’elle refusait de se marier « avec le vieux con qui habitait au coin de la rue ». « C’est le prix de la liberté. Je n’ai pas voulu de cette vie que ma mère voulait pour nous » lui raconte-t-elle. Ecer brode “Je pense souvent à ma mère. Je pense souvent à ma grand-mère. Vous voyez ces fleurs de coton que je brode, à chaque fois que je choisis les fils de coton d’une de ces fleurs, à chaque fois que l’aiguille commence à batailler, c’est comme si je réparais un peu leur cœur » dit-elle. Et puis, il y eut ce soir où, devant son immeuble, elle rencontre une femme voilée. La femme est en panique. Elle hurle, elle pleure. Elle parle sa langue maternelle et lui dit que là-bas, « on décapite les femmes et on les laisse en morceaux ». C’est alors que son passé lui revient comme un boomerang. Elle prend alors conscience que Daesh fait des ravages et que celles qu’elle a laissées sont en danger. Ecer troque donc sa blouse de femme de ménage contre une tenue militaire et part au combat rejoindre les peshmergas dans les montagnes de son enfance. Pour ce monologue engagé, Claudine Van Beneden est juste et émouvante. Ici, pas de décors, ni de plateau, la comédienne s’assoit à coté de nous, et nous devenons naturellement, nous aussi, ses confidents et les témoins de son histoire bouleversante.

Cette commande d’écriture faite à Magali Mougel fait écho à une autre création, « Une Chambre en Attendant » de Gilles Granouillet, qui se joue à 12h05 à Présence Pasteur.

Encore deux dates exceptionnelles au rooftop de l’Hôtel d’Europe les 11 et 16 juillet à 17 h. Mais aussi à la Médiathèque Saint-Pons dans le cadre de Villeneuve en Scène jusqu’au 22 juillet à 17h.

 

Et soudain dans le tourmente …
Hôtel d’Europe
les 11 et 16 juillet 2018 à 17 h
12, place Crillon, Avignon
Réservation : 06 60 96 84 82.

Villeneuve en scène 
Du 10 au 22 juillet 2018 à 17 h.
Sauf les 11 et 16 juillet.