Quelques unes des compagnies présentent  au Théâtre des Halles pour Avignon Le Off ©Céline Zug

Le risque est une vertu au Théâtre des Halles. Il est bien présent dans la programmation du Festival Off 2018 qui a été dévoilée ce jeudi 7 juin. De la politique à la création et de l’intime au clown, tout fait sens dans les 14 spectacles à l’affiche du 6 au 29 juillet. 

Prendre des risques en affichant une programmation festivalière faite de créations, d’artistes un peu fous et d’engagements, c’est la marque de fabrique du Théâtre des Halles. Son directeur Alain Timár poursuit une ligne de conduite irréprochable. Festival ou pas festival, Alain Timár l’affirme : “Face aux nombreux maux de la société actuelle, notre entêtement n’est pas de construire de nouveaux murs, mais bien de les abattre et de les remplacer par des ponts afin de faire exister enfin le bon vivre ensemble comme le disait Pierre Desproges”Même modeste, ce directeur est aussi un artiste qui s’inscrit dans la lignée des hommes fédérateurs : “Oui nous pensons qu’un service public du théâtre et de la culture contribue à l’éducation et l’émancipation de chacun. Oui, notre action à un sens et nous nous inscrivons dans un projet de société … nous voulons éveiller les consciences et les sensibilités“.

Des auteurs, de la politique et des créations

Les quatorze spectacles qui vont se partager le Théâtre des Halles ont tous en commun de parler de notre société. Tel “Vertiges”de Nasser Djemaï, une plongée dans les racines familiales qui bouscule les tabous et les interdits. “La bataille d’Eskadar”est un autre miroir de notre société et de ses nombreux maux. Samuel Gallet, quant à lui, met en scène une femme qui, pour repousser les huissiers, va provoquer un séisme. Une autre femme va surprendre, avec ses ecrets et ses traumas, sans pudeur mais non sans humour,  dans “Une légère blessure” de Laurent Mauvignier mis en scène par Othello Vilgard. Le malicieux Pierre Notte sera l’invité du maître des lieux, l’auteur si souvent joué au festival sera sur la scène des Halles avec une création “L’effort d’être spectateur” qui mêle poésie et lyrisme. Du côté des classiques, “Hamlet” est mis en scène par Xavier Lemaire avec Grégori Baquet en roi tourmenté par le doute. Georges Bernanos n’est pas encore un classique du niveau de Shakespeare, mais son nom résonne avec une certaine subversion : “La France contre les robots et autres textes” est adaptée par la comédienne Hiam Abbass et Jean-Baptiste Sastre, qui est aussi l’interprète. Cette sélection de textes livre une réflexion profonde sur la déshumanisation progressive de la société.

Du religieux au clown

Rire est, paraît-il, le propre de l’homme et depuis longtemps le clown se charge de dérider les zygomatiques humains. “Bienvenue en Corée du Nord” est née de l’immersion de la compagnie Cité/Théâtre dans cet ordre fermé où l’absurde est partout. Un pays où le guide suprême est capable de faire fleurir les cerisiers, ne pouvait qu’inspirer ces “clownesses” qui rapportent un témoignage authentique en forme de porte-voix des oubliés. Alain Timár se devait d’être présent dans sa programmation et c’est avec deux créations qu’il occupe son théâtre des Halles. Tout d’abord avec “un véritable coup de coeur, une pièce où la parole à dire devenait urgente“. Il faut donc découvrir urgemment “Lettre à un soldat d’Allah” de Karim Akouche qu’Alain Timár a mis en scène. “Les carnets d’un acteur” a connu un vif succès lors des avant-premières de cette création, dans laquelle le scénographe donne au comédien Charles Gonzalès un texte et une mise en scène à la hauteur de son talent. Une création inspirée par  Dostoïevski, le Qohélet, les Psaumes et Shakespeare, qui porte le religieux et le théâtre tout près de la philosophie. Ce personnage situé entre acteur raté et génie ignoré semble écrit pour son interprète. D’autres pièces sont à découvrir à l’affiche du Théâtre des Halles. Et pour poursuivre toutes ses réflexions, de nombreuses lectures et des débats se tiendront sous le chapiteau. Le festival n’est pas qu’un lieu où l’on consomme la culture, mais bien celui où on la réinvente chaque année.

Théâtre des Halles
4 rue Noël Biret
Tél : 04 32 76 24 51
Programmation ici

Tarifs à 10 € les 6, 7 et 8 juillet