Lucile expose ses dessins au théâtre Golovine accompagnée de son copain Vasco ©Céline Zug

Lucile Notin-Bourdeau expose pour la seconde fois au Théâtre Golovine. La jeune fille de tout juste quinze ans trouve refuge dans le dessin où elle exprime sa “normalité”. Diagnostiquée autiste à l’âge de quatre ans, elle poursuit son chemin artistique qui se singularise et s’approfondit au fil du temps. L’exposition est visible tous les jours de la semaine, jusqu’au 8 décembre.

Le Théâtre Golovine ouvre grand ses portes à Lucile Notin-Bourdeau. Cette jeune Avignonnaise de quinze ans expose pour la seconde fois dans ce lieu. Il y a cinq ans, on découvrait un monde à part dans ses dessins tracés d’un trait vif au stylo bille, sans couleur ni fioriture. C’est à présent une adolescente qui exprime un tout autre univers, visible jusqu’au 8 décembre au Golovine, dans le cadre de l’exposition intitulée “L’Autre”. Sa pratique ne relève plus du simple loisir, mais bien d’un art singulier qui questionne avec brutalité. La planète où vit Lucile est faite d’émotions sans filtre, de personnages qui l’habitent, mais c’est pourtant sa solitude qui touche. Comment “être” au milieu des autres quand on souffre d’être enfermée dans son intériorité ? “On dessine jusqu’à l’obsession, on lâche des bouts de phrases qui n’appellent pas forcément de réponse et on apprend à vivre autrement, c”est sûrement comme ça que vit Lucile” explique sa maman, Eugénie Bourdeau.

Autiste et artiste sans distinction

Lucile n’a que quatre ans quand elle est diagnostiquée autiste. “Les portes de l’école se sont tout de suite refermées, c’était la double peine pour ma fille. Seul le dessin était capable de la captiver des heures entières“. Inspirée par la créativité compulsive de Lucille, sa mère met l’un de ses dessins sur Facebook : “Je ne m’attendais pas à un tel engouement, alors j’ai continué avec l’accord de Lucille bien-sûr“. Pour mieux expliquer la maladie, Eugénie Bourdeau filme son enfant de ses deux ans à ses onze ans. Le documentaire est diffusé au Musée National de l’Education, à Rouen, et le premier dessin de Lucille exposé dans la foulée. C’est alors le début d’une longue série qui compte à présent plus de quarante expositions de part le monde. Espagne, Colombie et Japon sont sensibles à son travail et l’ont déjà exposé lors d’événements culturels. Mathieu Chedid a utilisé l’un de ses personnages pour illustrer “Le conte de Mister M”, et voilà comment Lucile se retrouve “Dans la vraie vie de mon rêve“.

Dessiner pour être entendue

Comme tous les adolescents, Lucile cherche à s’exprimer, peut-être pas à être comprise mais au moins entendue. Ses  personnages figuratifs sont les supports qui la relient aux autres. Ils sont des doubles d’elle-mêle qui nous conduisent vers le chemin intérieur de sa différence. Toute cette agitation ne ralentit pas pour autant la créativité de Lucile qui continue a noircir des milliers de pages à l’année. “Tout n’est pas exceptionnel, mais il faut tout garder car Lucile a une mémoire déroutante. Nous faisons un gros tri pour choisir ce qui lui semble important. C’est son langage à elle et c’est formidable qu’il ait trouvé un écho, tous n’ont pas cette chance“. Une association “La Tribu de Lulu” a vu le jour pour initier les expositions mais aussi pour “Proposer de regarder la différence comme une autre forme d’intelligence“. Pour refermer cette exposition, le 8 décembre, l’association La Tribu de LuLu propose au Théâtre Golovine une soirée sur le thème de l’autisme. Au programme, Apéro / Décrochage de l’expo / Vente de dessins de Lucile et la projection du film « Dans la quête d’un absolu ». Ce documentaire expérimental de 10 minutes réalisé par Eugénie Bourdeau sera suivi d’un débat.

Théâtre Golovine
1 bis rue Sainte-Catherine
Tél : 04 90 86 01 27

L’Autre de Lucile Notin Bourdeau
Exposition visible jusqu’au 8 décembre
Du lundi au vendredi de 14h à 17h et les soirs de spectacle

Site de l’association : www.latribudelulu.com