Article écrit le 19 Avril 2017
Vincent Barreau et Arnaud Decker aux côtés de l’ORAP ©Céline Zug

L’Orchestre Régional Avignon Provence vient d’enregistrer trois compositions crées par une intelligence artificielle. Samedi dernier, l’ORAP était dans son local en Courtine aux côtés des développeurs de cet algorithme. Rencontre avec Vincent Barreau et Arnaud Decker, deux des trois protagonistes à la tête de la Start-Up “AVIA Technologies” installée au Luxembourg.

Les grands compositeurs ont-ils du souci à se faire pour leur avenir ? C’est la question que l’on pose immédiatement à Vincent Barreau au sujet de l’algorithme créé par son frère Pierre, et la réponse ne se fait pas attendre : “Non vraiment pas ! Cela peut même être un outil pour les compositeurs. Notre objectif n’est pas d’effacer l’humain dans la musique, mais de profiter de la mémoire infinie de la machine pour tirer ce qu’il y a de meilleur dans la musique. On peut même envisager de finir des œuvres inachevées avec ce système“. Vincent Barreau n’a que 25 ans et le voilà propulsé à la tête de sa propre Start-Up, AVIA Technologies, installée au Luxembourg depuis moins d’un an : “J’aurais bien aimé le faire dans mon pays, mais pour des questions de rapidité et de budget cela n’a pas été possible“. Son frère, Pierre, lui a 20 ans. Il est diplômé en informatique auprès de l’University Colleges of London et a participé au projet Alpha Go, un programme qui a battu un humain au jeu de Go. Ils sont épaulés par Arnaud Decker, un publiciste convaincu par le potentiel de cet algorithme révolutionnaire : “Ce sont des jeunes de leur génération, pour eux l’informatique est partout, mais ce sont aussi des créateurs et des bâtisseurs. Il ne faut pas craindre de voir disparaître l’humain derrière la machine, car cette composition est la preuve que la musique reste une source d’émotions et on peut l’entendre dans cet enregistrement“.

L’ORAP : premier orchestre à enregistrer une composition née de l’intelligence artificielle

Pour donner du crédit à l’algorithme, il fallait un enregistrement. Et en souvenir de leur enfance passée entre Tarascon, Saint-Rémy et Avignon, les deux frères ont choisi l’ORAP, Orchestre Régional Avignon Provence : “Nous sommes très attachés à cette région et l’ORAP a tout de suite répondu présent, pour un enregistrement qui est le premier réalisé grâce à l’intelligence artificielle. Il apportera la preuve qu’un grand orchestre peut enregistrer rapidement une composition qui a de l’âme“. Pour ces trois morceaux entièrement digitaux, Pierre Barreau a rentré 15 000 œuvres dans la mémoire de l’ordinateur essentiellement dans le domaine du classique et son frère précise : “Il en a sorti ce qu’il y a de plus pur et de plus beau“. Pas question pour le chef d’orchestre, Eric Breton, de dévier d’une note ce que l’ordinateur a sélectionné : “Cela n’est pas le but, même si un musicien reste irremplaçable, l’idée c’est de montrer que l’ordinateur a sa place dans la musique et peut décider de ce qu’il y a de mieux pour un morceau spécifique“.

Le cinéma comme cible commerciale

Les deux frères Barreau avouent sans complexe ne pas être musiciens : “Nous avons appris la musique sur le tard et souvent mal, mais notre univers familial a toujours été musical“, et pour cause puisque leur père est producteur de musique. C’est d’ailleurs au cours d’une conversation familiale qu’est née cette folle idée : “Nous faisions le constat que dans le cinéma on se servait d’une bibliothèque avec des titres bien connus, on s’est alors demandé pourquoi et en cherchant nous avons compris que c’était par manque de temps. Composer pour un film demande énormément de temps, avec cet algorithme cela pourra aller plus vite. Pour le moment nous avons eu des clients dans le multimédia, la publicité et nous espérons qu’avec cet enregistrement nous intégrerons un projet cinématographique du début à la fin pour montrer le sérieux de notre travail et surtout sa qualité musicale“. L’aventure se poursuit en juin avec une série d’exécutions philharmoniques à l’étranger, dont une sera relayée par les plus grandes télés internationales. “Nous sommes émus par cet enregistrement et excités par la suite de cette aventure qui n’en n’est qu’à ses débuts et qui est aussi pionnière dans son genre” conclut Arnaud Decker à la fin de cette session “unique au monde“.

Pour écouter un morceau de cette composition c’est ICI