Pierre Rabhi a rencontré la presse avant sa conférence © Céline Zug

Pierre Rabhi était l’invité de la conférence organisée par l’association Bleu Safran vendredi 14 avril au Palais des Papes. Autour du thème “Convergence des consciences”, le titre de son dernier livre, le philosophe écolo a une fois de plus captivé son auditoire et fait salle comble.

Vendredi 14 avril,  la conférence de Pierre Rabhi au Palais des Papes affichait complet : “Cela n’a pas toujours été le cas, les gens sont plus attentifs à ce que nous essayons de transmettre. Je crois que la crise n’y est pas pour rien. On s’installe dans une impasse, l’avenir n’est plus maîtrisable et ce qui est intéressant c’est la naissance d’un nouvel imaginaire“. Cette rencontre a été organisée par l’association Bleu Safran qui a permis à BàC de rencontrer ce grand monsieur avant son intervention. Chaque année, Pierre Rabhi reçoit six cent demandes de conférences, il en a honoré seulement quarante cinq l’an dernier. Il vient aussi d’être sacré Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur, des mains de la ministre de l’écologie Ségolène Royal. Ce vieux sage de bientôt 80 ans contient pourtant sa colère contre la gâchis que l’homme fait subir à la terre : “Nous sommes la première catastrophe écologique, l’homme est responsable du dérèglement que nous vivons“. Il n’en reste pas moins un humaniste lanceur d’alertes. Cette incitation à s’éveiller se retrouve dans son ouvrage “Convergences des Consciences” sorti en octobre 2016. Depuis, Pierre Rabhi a aussi participé à une série de carnets réalisés avec Juliette Ducquenne,  journaliste spécialisée dans des thématiques économiques et environnementales. Ces carnets traitent des problématiques cruciales pour l’avenir de l’homme : la faim dans le monde, la privatisation des biens publics tels que les semences … autant de sujets dont s’empare le pourfendeur de l’agroécologie qu’il pratique dans son Ardèche d’adoption depuis plus de cinquante ans.

“L’écologie ne doit pas être un parti”

Pierre Rabhi n’est pas homme à se taire. Il dénonce le pouvoir donné à l’argent : “On a légalisé la prédation avec l’argent… il n’y a aucune régulation sur le bien commun, il devrait être sacré pas achetable. On ne s’occupe pas de la vie, le système actuel donne plus de moyen à la mort qu’à la vie, comment ne pas être en colère quand on voit ça ?” Depuis des années, il le dit haut et fort : “La planète est suffisamment riche pour nourrir tout le monde. S’il y a des famines, ce n’est pas dû au déficit de la nature mais à des mécanismes égoïstes où le partage n’existe pas“. Les politiques non plus, n’ont pas les faveurs de cet homme intègre : “Je sais qu’il y a des politiques sensibles à mon discours … mais leur discours c’est la productivité. On produit des choses à vendre pour des gens qui ne peuvent pas acheter, c’est un non sens. L’écologie ne doit pas être un parti, mais une conscience, une évidence même“. Le questionnement récurrent de ce philosophe paysan est de savoir quelle planète nous laisserons à nos enfants et quels enfants nous laisserons à notre planète. “L’éducation des plus jeunes aux enjeux planétaires est une priorité absolue“. Mais son constat est sans appel : “On ne s’occupe pas d’écologie, c’est endormir les gens que dire qu’on s’occupe d’écologie, c’est pas vrai on s’en fiche. L’écologie c’est la totalité de la vie, pas un morceau“. L’espoir demeure tout de même au vu du monde qui se déplace pour l’écouter et du nombre plus grand encore qui achète ses livres. Pierre Rabhi a réussi à rendre visible ce qui ne l’était pas quelques années en arrière :”Il y a un intérêt plus grand c’est sûr mais il faut agir vite maintenant“.

Images et montage : Jean Fichefeux