©Celine Zug

Le photographe Thomas Bohl, avignonnais d’adoption, a le vent en poupe. Son travail sur le mouvement en danse lui vaut d’être affiché au théâtre de Chaillot et suivra la tournée de la compagnie à travers le monde. C’est aussi le photographe qui sait faire aimer la photo aux jeunes et mène sa mission de transmission avec toute l’humanité qui l’habite.

Il est champenois de naissance mais a choisi d’exercer ses talents à Avignon. Thomas Bohl est certes une fierté locale, mais il va falloir s’habituer à le partager du fait de sa renommée grandissante. Il est de cette trempe d’artistes qui sont tombés dans le bac à révélateurs dès son plus jeune âge. “Mon père avait une pièce qui lui servait pour développer ses photos sépias, j’en garde surtout le souvenir de l’odeur d’œufs pourris“, s’amuse-t-il. C’est au cours de son voyage universitaire en Éthiopie, armé du vieux boîtier Nikon de son père, qu’il voit en la photo autre chose qu’un moyen de fixer des souvenirs de potes. “C’est un voyage fondateur, j’étais étudiant et je découvrais un monde inconnu dont je ne voulais rien oublier“, confie-t-il. Mais c’est le numérique qui déclenche véritablement sa vocation : “le champs des possibles est bien plus important,  plus visible, plus immédiat, soit moins intimidant”. Une aubaine pour cet humaniste qui peut alors réunir sa passion de la photo, sa formation d’éducateur spécialisé et ce regard que l’ethnologie a aiguisé. Le laboratoire de photographie sociale et populaire voit le jour en 2011 comme la promesse d’un millénaire plus tourné vers l’humain. C’est aussi la période des ateliers avec les centres sociaux, la mission locale, les crèches… “Le regard des jeunes m’enrichit, me nourrit dans ma réflexion et la photo est faite pour être partagée, transmise, c’est toujours surprenant de voir ce qu’ils sont capables d’en faire“.

Son destin se joue sous un pont

Parallèlement à son travail social, Thomas mène des projets plus personnels, notamment autour de la danse. Il colle son travail sous un pont de Monclar intitulé “Les portes d’Avignon”, quand le directeur du Centre de Développement de Danse Chorégraphique, Emmanuel Sérafini, le rencontre et lui propose d’animer les ateliers “Déclenches”. En trois ans ils auront permis à 17 avignonnais de découvrir la danse et les métiers qui gravitent autour de ce milieu souvent inconnu des jeunes. La singularité de ses clichés en noir et blanc est le reflet de l’étendue d’un talent en pleine ascension. “C’est un tout autre travail, il y a une recherche de composition et une volonté de faire la belle photo, mais je cherche toujours à raconter une histoire en partant de ce que l’on me propose”.

Le théâtre de Chaillot lui tend ses colonnes

Depuis quelques semaine, il fait les beaux jours du théâtre de Chaillot de Paris, avec ses silhouettes collées sur les colonnes du bâtiment. Elles accompagnent les projet vidéo, danse et photos de la compagnie “Par Terre” d’Anne N’Guyen “C’est une rencontre faite au CDC (ndlr:(Centre de Développement Chorégraphique) qui me vaut d’intégrer ce projet, il voyagera avec la compagnie au cours de sa tournée. C’était très intéressant ce travail croisé avec d’autres professionnels, d’autres milieux, fatalement d’autres regards, c’est une formidable chance. Le travail autour du mouvement, du détail et du mouvement à été très agréable“. Discret et modeste, il préfère parler du lieu que de la reconnaissance de son travail. “J’ai été impressionné par le théâtre, son histoire, l’empreinte de Jean Vilar (qui en fut directeur de 1951 à 1963) et du coup sa proximité avec Avignon, c’est vraiment un lieu qui a gardé son côté populaire et créatif, un vrai lieu magique“. Côté projet, Thomas termine son propre laboratoire “dans ma cabane au fond du jardin“. Il y poursuivra son travail avec les techniques anciennes. Grand amateur de chambre photographique, il réalise de stupéfiantes prises de vues sorties d’un autre siècle. Il pourrait être le fils spirituel de Niepce, mais il est bien de son temps, intégrant la modernité aux techniques anciennes. Thomas crée son propre univers, et sa grande gentillesse, sa générosité ainsi que sa facilité à tisser du lien n’enlèvent en rien sa volonté de poursuivre son chemin en toute liberté.  “Ceux qui m’ont influencé ne sont pas des stars, mais des gens passionnés comme Jean-François Chollet, chez qui j’ai fait un stage révélateur et formateur. Je ne suis pas à la recherche de la gloire, c’est déjà un privilège de vivre de ma passion et si en plus il est reconnu c’est la plus belle des récompenses“.

Site : http://thomasbohl.fr/

(c)Thomas Bohl