Radhouane El Meddeb ©Agathe Poupenay

Le chorégraphe Radhouane El Meddeb est venu présenter au public, mardi 4 avril dans le cadre des rencontres de la FabricA, son travail en cours. “Face à la mer pour que les larmes deviennent des éclats de rire”, sa nouvelle création, sera programmée dans le Festival d’Avignon. BàC a rencontré l’artiste franco-tunisien.

La FabricA poursuit ses moments de partage et d’échange avec les artistes qui sont programmés au Festival d’Avignon. Mardi 4 avril, c’était au tour de Radhouane El Meddeb de se retrouver face au public pour parler de sa création en cours “Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire”. Le danseur et chorégraphe franco-tunisien s’est prêté à l’exercice avec plaisir : “C’est toujours enrichissant d’aller à la rencontre des spectateurs, même si cette fois  c’est un peu différent vu que le travail est en cours“, nous a confié Radhouane El Meddeb lors d’un entretien privilégié. Il présentera une chorégraphie pour dix danseurs au Cloître des Carmes : “C’est un lieu hautement symbolique par ces temps agités où le religieux est synonyme d’extrême“. C’est en 1996 qu’il décide de quitter sa Tunisie natale pour s’installer en France : “J’ai réellement deux pays, aussi à l’aise dans l’un que dans l’autre, avec un amour égal comme on peut l’avoir pour ses parents“. Formé à l’Institut Supérieur d’Art Dramatique de Tunis , il a été consacré en 1996 « jeune espoir du théâtre tunisien » par la section Tunisie de l’Institut International de Théâtre. Recruté comme comédien dans le cadre de l’atelier de formation et de recherche du Théâtre National de Toulouse, il a collaboré avec de nombreux metteurs en scène en France et en Tunisie. C’est en 2005 qu’il se lance dans sa première création solo. Pour ce spectacle il a entrepris de nombreux allers-retours entre les deux rives de la Méditerranée pour mener à bien ce projet qui est encore en gestation : “Nous avons déjà beaucoup avancé, c’est une façon de travailler qui me convient. Je laisse mûrir durant mon absence et quand on reprend les répétitions, il y a forcément des choses nouvelles qui apparaissent. Elles arrivent autant des danseurs que de ma réflexion, c’est un travail très riche humainement“.

Raconter la révolution avec le corps

“Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire” : ce titre joliment poétique n’en n’est pas moins celui d’une révolution qui a marqué Radhouane El Meddeb  :”Je n’y étais pas physiquement, cela m’a manqué. Mon corps était absent d’une révolution presque organique qui a mené des milliers de gens dans la rue. On pensait tous qu’après ça, il y aurait un changement radical, mais c’est plus long que prévu. C’est pour ça que j’y retourne régulièrement pour observer et m’imprégner de l’histoire qui s’écrit dans mon pays. Il y a de la peur, des regrets, de l’incertitude mais il y a de l’espoir, c’est bouillonnant, créatif et follement inspirant“. S’il a choisi de travailler avec uniquement des danseurs Tunisiens, c’est aussi pour rendre hommage à ce pays qui l’a vu passer de l’enfance à l’âge adulte : “Je n’ai pas eu à me battre pour la Tunisie alors que mes danseurs le font au quotidien. Ils attendent encore la grande mutation promise et j’ai voulu être à leurs côtés dans cette euphorie qui  se transforme parfois en oppression“. Cette invitation de la part du directeur du Festival d’Avignon, Olivier Py, est pour lui “un honneur, le festival rayonne dans le monde entier. Les danseurs mesurent ce que veut dire cette programmation. C’est un festival où la qualité et l’exigence est à un très haut niveau, c’est aussi un festival où l’on peut présenter un travail engagé alors que le spectacle vivant est de plus en plus lisse. Je suis à la fois honoré et ému de cette invitation en mon nom propre et pour la Tunisie”.

Radhouane El Meddeb
Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire
Création 2017
20, 21, 22, 24, 25 juillet
Cloître des Carmes