© Céline Zug

Le théâtre des Halles à Avignon prépare son festival Off, avec cette année encore, une création de son directeur Alain Timár. “La solitude des champs de coton”, sur un texte de Bernard-Marie Koltès, sera jouée du 9 au 12 mars en avant première.

Alain Timár aime prendre des risques. C’est même pour ça qu’il fait du théâtre : “Il fallait remettre ce texte fondateur du théâtre contemporain au cœur de l’actualité, il a des choses à dire sur notre époque qui est différente de celle de Chéreau il y a 30 ans“. C’est dans son Théâtre des Halles que le metteur en scène va dévoiler cette nouvelle adaptation du 9 au 12 mars avant de l’inclure au programme du festival Off. “Dans la solitude des champs de coton” avait fait les beaux jours du théâtre de l’Amandier à Nanterre il y a 30 ans, avant d’être joué au festival par deux fois, dont la dernière avec Chéreau et son ami Pascal Grégory. L’héritage est lourd et intimidant, mais Alain Timár n’a rien à prouver. Pour mener à bien son travail, il a mis en scène deux comédiens et un batteur, Robert Bouvier, Paul Camus (déjà présent dans “Ô, frères humains) et Pierre-Jules Billon, qui jouent une partition tendue, sauvage et sans compromis “Je ne sais pas faire dans l’entre deux, la demi-mesure n’existe pas dans mon théâtre. Je n’aurais pas pu monter cette pièce sans ces deux comédiens et la présence d’un musicien m’est apparue comme évidente. Quand on a une bonne distribution, que la confiance règne, une partie du travail est fait“.

Koltès taillé sur mesure pour Timar

Bernard-Marie Koltès construit une œuvre qui interroge l’être solitaire, la mort et le réel. Ce Messin, fils de militaire, était un intellectuel respecté, joué dans le monde entier avec succès. Emporté par le sida en 1989, il laisse une œuvre à son image, solaire et révoltée. “La solitude dans les champs de coton” a été écrite trois ans avant sa mort et a été très peu jouée depuis Chéreau. “Une pièce aussi écrite demande du travail et arriver derrière un tel metteur en scène demande d’être prêt, après 30 ans je pense que je l’étais” explique le directeur du Théâtre des Halles. Ce texte met face à face un dealer et un client en situation de négociation. Tout de suite c’est la tension qui domine entre les comédiens qui se cherchent, s’effleurent, sont prêts à en venir aux mains mais préfèrent la violence verbale. Le désir est palpable, sexuel, bouillonnant et comme le disait Koltès lui-même, « Le premier acte de l’hostilité, juste avant le coup, c’est la diplomatie, qui est le commerce du temps. Elle joue l’amour en l’absence de l’amour, le désir par répulsion”. Toute la pièce repose sur les préludes du conflit, souligné par le son de la batterie qui fait sursauter le public et rythme les emportements de ce duo de comédiens, qui fera parler de lui dès ce soir et pour longtemps.

Théâtre des Halles
Rue du Roi René, Avignon

Réservation : 04 32 76 24 51

Représentation : Jeudi 9, vendredi 10, samedi 11 mars à 20h et dimanche 12 à 16h, durée 1h30