Sarah Mckenzie @ Avignon Jazz Festival ©JH Bertrand – TJA

Clap de fin ce dimanche 6 août pour Avignon Jazz Festival, qui une fois de plus aura ouvert ses portes au jazz dans toute sa diversité. C’est le groupe du pianiste américain Robert Glasper qui a mis un point d’orgue à cette édition 2017.

S’aventurer dans les différents courants du jazz, du classique au moderne, du mainstream au free, … c’est le défi que se lance chaque année l’équipe du Tremplin Jazz d’Avignon, rebaptisé Avignon Jazz Festival.

C’est le trio du pianiste toulousain Amaury Faye qui a eu la lourde tâche d’ouvrir l’édition 2017. Une scène qui lui est désormais familière, puisqu’un an plus tôt jour pour jour, il remportait le prix du meilleur instrumentiste du Tremplin Jazz d’Avignon. Puis c’est un jazz plutôt « classique » qui a pris place au Cloître des Carmes. Ambiance swing et bossa, avec la chanteuse Sarah McKenzie. Accompagnée de son trio basse, guitare et batterie, la pianiste australienne, qui chante « Paris sous la pluie », a éclairé le ciel déjà très étoilé du Cloître des Carmes par ses compositions et ses reprises élégantes et subtiles. Une soirée tout en fraicheur et en musicalité, qui a charmé le public venu nombreux pour cette soirée d’ouverture.

CHANGEMENT DE CAP RADICAL POUR LA DEUXIÈME SOIRÉE CONCERT

Ce samedi soir, un petit vent est venu rafraîchir les murs du cloître, chauffés à blanc par plusieurs jours de canicule. D’abord avec Andy Emler. Le compositeur – chef d’orchestre s’est installé au piano pour un exercice de style autour de Ravel. En quelques notes, en quelques mots, il a embarqué avec lui les spectateurs dans un voyage passionnant sur la fin de vie du compositeur, une improvisation au gré de sa fantaisie et de sa mémoire. Cette variation musicale entre jazz et classique a totalement subjugué le public.

Le concert de Thomas de Pourquery & Supersonic qui a suivi, fut un véritable moment d’extase musicale. Le « truculent saxophoniste barbu » comme aime à le nommer Michel Eymenier, le directeur artistique de AJF, boots vernies rouges et bec assorti, et ses « bâtards célestes » ont pris possession du cloître avec une énergie solaire, une liberté débridée, et une générosité communicative. Le sextet a offert aux spectateurs du cloître une musique festive sans entrave de style, intelligente et joyeuse. Le public conquis ne s’est pas fait prier pour prendre part à la fête, et ouvrir largement son “chœur”, comme un écrin éphémère aux ballades lancinantes “Slow Down” et “Simples Forces”.

Andy Emler, Thomas de Pourquery & Supersonic ©JH Bertrand – TJA

DEUX SOIRÉES POUR DÉCOUVRIR LA NOUVELLE SCÈNE EUROPÉENNE DU JAZZ

Entre ces deux grands concerts, les traditionnelles soirées tremplin étaient présidées cette année par le jeune et pertinent pianiste, compositeur Thomas Enhco. En entrée libre, cet événement a une fois de plus, attiré un public toujours plus nombreux, venu applaudir ce qui sera (peut-être) l’avenir du jazz européen, ou en tout cas l’avenir d’un certain courant du jazz européen. Un seul regret : l’uniformité des différents projets qui se sont succédé sur la scène des Carmes. Un événement comme le Tremplin Jazz d’Avignon mériterait une plus grande ouverture vers d’autres styles, d’autres ambiances, et d’autres musiciens, certains candidats n’en étaient pas à leur premier passage, et avaient même, pour certains, déjà gagné un prix les années précédentes.

C’est d’ailleurs le gagnant de l’édition 2016, le groupe allemand Just Another Foundry qui a eu le privilège d’ouvrir la dernière soirée du festival : un trio sax alto, contrebasse, batterie qui a présenté au public avignonnais un jazz souvent dissonant, déstructuré, que l’on pourrait qualifier d’expérimental, et mené par de jeunes musiciens sortis du conservatoire de Cologne … Comme le disait un fidèle spectateur à l’oreille pourtant avertie, à la fin de cette première partie : « beaucoup de bruit pour si peu de musicalité … ». De quoi s’interroger sur la sincérité de leur démarche « d’expérimentation musicale ».

D’EXPÉRIMENTATION À “EXPERIMENT”, IL N’Y A QU’UN PAS

C’est le pianiste Robert Glasper et son groupe Experiment qui ont conclu cette 26 ème édition du Avignon Jazz Festival. On vous avait pourtant prévenu, en vous annonçant pour ce dimanche 6 août, une clôture électrique. Nos pronostics se sont avérés justes. Cette soirée mouvementée à tous points de vue, qui annonçait un virage à 360° pour le AJF, n’a pas laissé le public indifférent. Sur scène, le pianiste et producteur qui s’est montré en forme et inspiré, a livré un set réajusté pour le public du cloître, avec, pour amuse bouche, une impro aux sonorités très jazz, peut-être en écho à la première partie (Just Another Foundry) entendue juste avant sur les planches des Carmes. Se sont enchainées ensuite des compositions du dernier album “Art Science” dont notamment la reprise d’Herbie Hancock (son maître), “Tell me a Bedtime Story”, une histoire qui est loin d’avoir endormi les spectateurs (Voir notre article : Avignon Jazz Festival : Robert Glapser en clôture).

Après le concert, les fidèles de la manifestation avignonnaise se sont retrouvés comme à leur habitude, sous les voûtes du cloître pour échanger. Si les murs ont des oreilles, ils ont pu assister à des discussions parfois très animées. Et c’est tout l’intérêt de ce festival convivial et festif, devenu au fil des ans une institution : inciter à la réflexion, à l’échange et au partage. Pourvu que ça dure !

BàC tient à remercier l’équipe du Tremplin, ses techniciens et ses bénévoles. Un merci spécial à Claude Dinhut et Jean-Henri Bertrand pour leur collaboration.

Retour en images sur cette 26ème édition du Avignon Jazz Festival 
Images et montage : Olivier Tresson

Les présidents du AJF, Jean-Michel Ambrosino, Robert Quaglierini et les bénévoles ©Claude Dinhut – TJA