Robert Glasper Experiment @Avignon Jazz Festival ©Claude Dinhut – AJF

Le 26ème Avignon Jazz Festival s’est conclu ce dimanche 6 août par la prestation du Robert Glasper Experiment. Le pianiste américain était très attendu au Cloître des Carmes et n’a pas laissé le public indifférent. Retour sur cette soirée “expérimentale”.

Il a à peine 40 ans et Robert Glasper a déjà un CV long comme le bras. En témoignent des collaborations avec les chanteuses Dianne Reeves, Gretchen Parlato, Norah Jones, avec des musiciens aussi prestigieux que Christian McBride, Terence Blanchard, ou Marcus Miller, et avec ce que le hip-hop actuel fait de mieux : Mac Miller, Mos Def, Anderson Pack ou encore Kendrick Lamar ont fait appel à ses doigts de fée. Autant d’influences que l’on retrouve dans le répertoire du Robert Glasper Experiment, le groupe électrique du pianiste texan. Pour ce concert de clôture, piano acoustique et contrebasse sont donc restés au placard : Burniss Travis II est à la basse électrique, Justin Tyson à la batterie, Mike Severson est à la guitare (très) électrique. Quant à Robert Glasper, il roule aussi à l’électrique, Fender Rhodes en tête. Le fidèle saxophoniste Casey Benjamin est là aussi, et va partager son temps entre saxophone et vocoder. Nu-soul, new jazz, hip-hop, les qualificatifs ne manquent pas pour “étiqueter” la musique de Robert Glasper : après un tour de chauffe très jazz (mention spéciale au batteur Justin Tyson pour son drive imparable), “l’Experiment” déroule ensuite quelques uns des morceaux tirés du dernier album du groupe, mêlant hip-hop, electro et un jazz-funk qui n’est pas sans rappeler le Hancock période 70’s, une analogie renforcée par l’alliance Fender Rhodes – vocoder.

Robert Glasper et Casey exaspère

Passons sur les personnalités contrastées des membres du groupe : lorsqu’on programme le Robert Glasper Experiment dans son festival, on peut s’attendre, en backstage, à des comportements à la limite de la politesse, et à des exigences dignes des plus grandes divas. Jusque là, rien de très pénalisant pour le public, que ces problèmes “internes” ne concernent pas. Sauf que lorsque le groupe choisit de ne pas faire de balance avant le concert, les conséquences sont nettement plus gênantes. Bilan : malgré tous les efforts de l’équipe technique du AJF, le son est forcément approximatif, ce qui met de mauvaise humeur le saxophoniste chapeauté Casey Benjamin, heureusement remis à sa place par le “patron” en fin de concert.

C’est donc dans le décor enchanteur du Cloître des Carmes que s’achevait la tournée française du Experiment. Une dernière date finalement plutôt honnête, si on la compare à ses précédentes prestations, assez indignes, de Marseille ou de Sète quelques jours auparavant. Mais cette prestation avignonnaise en demi-teinte ne doit toutefois pas faire oublier que Robert Glasper est sans aucun doute l’un des pianistes les plus inspirés et les plus intéressants de cette nouvelle génération de “jazzmen mais pas que” : un musicien qui cite Dizzy Gillespie et Art Blakey dans ses soli, et qui collabore avec Snoop Dog et Common. Pas étonnant que Don Cheadle l’ait choisi pour mettre en musique son biopic sur Miles Davis (Miles Ahead). Ne perdons donc pas espoir de le revoir aux Carmes, assagi on l’espère, et pourquoi pas à la tête de son trio acoustique, formule où notre Robert excelle.

Retour en images sur le concert de Robert Glasper Experiment, dimanche 6 août 2017@Avignon Jazz Festival ©Claude Dinhut – AJF