La P.. Respectueuse, mise en scène de Gérard Gélas au Chêne Noir jusqu’au 3 décembre ©Céline Zug

Pour sa nouvelle création, Gérard Gélas s’attaque à un texte de Sartre et nous emmène dans l’atmosphère moite du sud des États-Unis, sur fond de racisme, de pouvoir et d’injustice. La Putain Respectueuse sera présentée au Chêne Noir jusqu’au 3 décembre.

Novembre est un mois créatif pour Gérard Gélas. Quasiment un an jour pour jour après la première de « Migraaaants ! On est trop nombreux sur ce putain de bateau… », le metteur en scène de la rue Sainte-Catherine présentait hier soir sa toute derniere création. Avec LA Putain Respectueuse » Gérard Gélas se fait plaisir : « C’est l’une des quelques pièces que, depuis l’âge de 20 ans, je rêve de monter. Alors pour l’anniversaire du Chêne Noir (50 ans ndlr), j’ai pensé qu’il était temps de la faire ». C’est donc une scénographie version « Gélas » de la pièce de Jean-Paul Sartre, jouée pour la première fois en novembre 1948 au Théâtre Antoine à Paris, qui a été présentée ce jeudi soir au public du Chêne Noir venu nombreux.

Un huis clos oppressant

Un énorme lit rond trône dans un décor épuré. Aux murs de cette pièce ronde elle aussi, des néons rouges, sortes de stores verticaux, affichent une ambiance particulière. Dans le lit un couple à moitié nu.
Elle, c’est Lizzie la fameuse putain, fraîchement arrivée de New-York. Lui, c’est « le Monsieur sans nom » qu’elle a rencontré la veille au soir et dont elle ne sait rien. Le même soir où cette fille du peuple est témoin d’un lynchage de deux « négres », accusés à tort de viol, dans un train. « Nous sommes en Amérique dans les années 50, où l’on appelle les noirs : les nègres. » précise Gérard Gélas. Lizzie est une gentille fille, honnête et droite, un brin crédule, qui a besoin d’amour. Alors qu’elle essaye d’en savoir un peu plus sur ce mystérieux inconnu avec qui elle a passé la nuit, elle apprend qu’il se prénomme Fred, qu’il est le fil d’un sénateur puissant et le cousin de Thomas, le véritable auteur du meurtre de l’homme noir. Lizzie comprend rapidement que Fred n’est pas resté jusqu’au petit matin pour ses beaux yeux, mais pour la convaincre de témoigner en faveur de son cousin. Mais malgré l’argent, le chantage et la violence, la prostituée refuse de se parjurer. Elle en vient même à cacher chez elle, l’homme noir rescapé et victime d’une chasse à l’homme.

Racisme et abus de pouvoir

Le destin de cette pauvre fille bascule vite et sa chambre tout en rondeur se transforme alors en véritable arène. Ici pas de gladiateur, pas de taureau, mais le combat du pot de terre contre le pot de fer, sur fond de sexe, racisme, pouvoir et manipulation. Et une mise à mort, celle du « négre », de l’étranger, de celui qui n’a pas d’identité.
« Fred : Mais c’est un nègre qu’il a tué.
Lizzie : Eh bien ?
Fred : Si on était coupable chaque fois qu’on tue un nègre…
Lizzie : Il n’avait pas le droit.
Fred : Quel droit ?
Lizzie : Il n’avait pas le droit.
Fred : Il vient du Nord, ton droit. »
Dans ce huis clos pesant à la sauce Gélas, les thèmes de jazz s’enchainent et tiennent une place importante en début de pièce. Ici et là on reconnaît la trompette de Miles ou le saxophone de Coltrane qui offrent une respiration apaisante, nécessaire.

Un thème cruellement d’actualité

Tout comme Migraaaants ! sa précédente création, avec La Putain Respectueuse, Gérard Gélas s’attaque à un sujet lourd « qui parle de nous et de tous les racistes, quels qu’ils soient » et réussit le pari de dénoncer la ségrégation à travers une mise en scène haletante. Ici, le rôle du « négre » est interprété par le comédien maghrébin Mouloud Belaïdi, que les habitués du Chêne connaissent bien. Une façon de montrer que, malgré les 70 années écoulées, ce texte est plus que jamais d’actualité. « Cette pièce est d’une étonnante modernité. Et je serais tenté de dire : hélas ! confie Gérard Gélas. Car le racisme sévit toujours aux États-Unis et ce n’est probablement pas le nouveau président de ce pays qui fera évoluer favorablement les choses ».

Lizzie est brillamment interprétée par Flavie Édel Jaume qui a fréquenté à deux reprises le théâtre de la rue Sainte-Catherine. À ses côtés, des comédiens tout aussi talentueux, familiers eux-aussi du Chêne : Mickaël Coinsin, Patrick Donnay, Guillaume Lanson et Damien Rémy.

La Putain Respectueuse, mise en scène et scénographiée par Gérard Gélas, sera jouée jusqu’au 3 décembre.

Théâtre du Chêne Noir
rue Sainte-Catherine, Avignon
Les jeudis à 19h, vendredis & samedis à 20h et dimanches à 16h
Tarifs : Général 30€
Réduit 25€
Pass Saison 21€
Etudiants, demandeurs d’emploi 10€
Jeudi étudiants 8€
Patch Culture / Pass Culture 5€