Me Matthieu Chirez  aux côtés de Michel Chapoutier président d’Inter-Rhône ©Céline Zug

Ce jeudi 30 mars, Inter-Rhône, en la personne de son président Michel Chapoutier et de Maître Matthieu Chirez, avait convié la presse pour faire une mise au point « nécessaire » sur ce qui est devenu « l’affaire » du Carré du Palais.

Ce projet de pôle œno-touristique aurait pu tourner au vinaigre. Le bâtiment édifié en 1853, situé à côté du Palais des Papes, était censé, déjà en 2015, devenir un complexe haut de gamme sur la thématique du vin et de la gastronomie, avec boutiques, bar à vins, restaurant et salles de séminaires. Pour l’heure, le site n’est encore qu’un vaste chantier. Pour mieux comprendre où se situe le malaise un historique s’impose.
Les 1575m² de l’ancienne Banque de France trônant en haut de la place de l’Horloge à Avignon font, dès 2011, l’objet de beaucoup de convoitises. Notamment, celle de la ville gérée à cette époque par Marie-Josée Roig qui rachète le bâtiment pour un montant de 2 480 000 € avec l’intermédiaire du service d’économies mixte Citadis. Ce dernier met alors en place une étude patrimoniale pour un projet qui aiderait à promouvoir l’attractivité de la ville. En 2012, le projet immobilier de Citadis n’est pas retenu, et c’est Inter-Rhône (interprofession des AOC, Côtes du Rhône et de la vallée du Rhône), qui se positionne en « porteur de concept ». L’idée est de créer un lieu destiné à valoriser les produits locaux et les appellations dont il a la charge. En 2013, le projet est accepté et Christian Paly, l’ancien président d’Inter-Rhône démarre le chantier avec la collaboration de Jean-Marie Renaud, le maître d’œuvre, nommé par Citadis, déjà en place. Le pensant très au fait du dossier, Inter-Rhône pense gagner du temps et de l’argent en conservant les services de celui qu’il croit être un « spécialiste » et espère avec lui, un passage plus direct à la phase opérationnelle de ce projet d’envergure. Fin 2014, changement de président à la tête d’Inter-Rhône, Michel Chapoutier prend le relais. Le nouveau président s’interroge sur le peu d’avancées du chantier, demande des explications quant aux montants qui lui semblent beaucoup trop élevés et réclame un audit.
« Je lui ai demandé de baisser ses honoraires. J’ai été surpris de son aplomb. C’est un monsieur très sûr de lui indique Michel Chapoutier. Moi qui ne suis pourtant pas un perdreau de l’année, il a su me rassurer. Il a baissé ses honoraires de 3 % et s’est engagé sur la date d’ouverture alors qu’il savait déjà, à l’époque, que cela ne serait pas possible ! »
L’assistant à la maîtrise d’ouvrage et l’OPC (organisation planning chantier) recrutés pour l’occasion poursuivent leur audit. Le binôme met en avant très vite des problèmes de surfacturations, de sécurité et des anomalies techniques. Parmi elles, l’absence d’accès handicapés, une porte trop petite, l’extraction des cuisines oubliée et la non consultation des Bâtiments de France. À noter aussi la disparition de matériel (ferronnerie, radiateurs en fonte, coffres fort). En Juillet 2016, après plusieurs demandes d’explications, Inter-Rhône prend l’initiative de résilier les engagements de celui qui s’avère être un « faux » architecte sans aucun diplôme et dépose plainte. Pour les besoins de l’enquête, la police judiciaire demande la plus grande discrétion et après plusieurs mois de travail de fond, confirme les soupçons d’Inter-Rhône. À ce jour, la plainte suit son cours. Comble de l’ironie, même si le pseudo-architecte Jean-Marie Renaud a été évincé du projet, il reste néanmoins co-propriétaire du Carré du Palais à hauteur de 22% (voir encadré).

Une ouverture pour le Festival

Aujourd’hui, Michel Chapoutier est plus que jamais déterminé et souhaite que ce fâcheux épisode soit vite oublié et entend être remboursé en intégralité de ce préjudice.

Le projet du Carré du Palais est-il pour autant compromis ? “Non ! répond Michel Chapoutier, le Carré du Palais reste pour nous un dossier phare et emblématique pour nos AOC. Nous irons jusqu’au bout pour faire de ce bâtiment une porte d’entrée vers les vignobles de la Vallée du Rhône”. Les recrutements pour le bar à vins et le restaurant bistronomique ont commencé, menus et programmation sont en cours de création, pendant que les travaux s’achèvent. Le président d’Inter-Rhône a d’ailleurs tenu, lors de la conférence de presse, à remercier l’ensemble des artisans travaillant sur le chantier, qui eux-aussi ont été victimes des aléas de cette affaire.
L’objectif d’Inter-Rhône est maintenant de pouvoir ouvrir le Carré du Palais pour le Festival 2017.

Qui détient le Carré du Palais ?

34% Inter-Rhône
34 % associés professionnels (filière viticole)
22 % Jean-Marie Renaud
7 %  Le chocolatier Castelain