Josef Schovanec © Alain Arrivets

Ce mercredi 29 mars, l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse recevait l’écrivain philosophe “voyageur autiste” Josef Schovanec pour une conférence dans le cadre de la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, dimanche 2 avril. Un événement organisé conjointement avec la  Maison Départementale des Personnes Handicapées de Vaucluse et l’association TEDAI 84.

« Cela fait bien longtemps que je n’ai pas entendu un orateur aussi brillant », entend-on dans la salle. Cet orateur, c’est Josef Schovanec, philosophe écrivain français, « voyageur autiste et militant pour la dignité des personnes avec autisme », comme il aime à se définir. Actuellement en tournée en France pour une série de conférences, Josef Schovanec a fait escale à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse mercredi 29 mars. Devant un amphithéâtre plein, il s’est exprimé sur « les particularités sensorielles » des personnes avec autisme. A l’origine de cet événement, l’Université d’Avignon, la Maison Départementale des Personnes Handicapées de Vaucluse (MDPH 84) et l’association TEDAI 84 (Troubles Envahissants du Développement – Autisme Intégration). Sa présidente, Sophie Marcatand, explique : « Chaque année avec la MDPH, nous mettons en œuvre des actions à l’occasion de la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme. Cette année, nous souhaitions inviter un interlocuteur connu pour attirer du monde et nous sommes ravis de voir que le public était au rendez-vous. Nous aimerions que la venue de Josef incite des autistes moins connus, en capacité de s’exprimer, à venir témoigner sur la situation en Vaucluse. »

Voyage en Austistan

Les clichés ont la peau dure mais qu’importe, Josef Schovanec leur tord le cou. D’anecdote en anecdote, son humour fait mouche et dédramatise le sujet : « Pas besoin d’être autiste pour être bizarre !» Effectivement, n’est pas autiste celui qu’on croit. Le philosophe fait référence au syndrome du non-autiste, dans lequel beaucoup d’entre nous se reconnaissent : l’obsession d’être conforme, l’illusion d’être supérieur, ou une simple question de logique. « Pourquoi parle-t-on de mouvement social lorsque tout s’arrête ? », remarque l’écrivain, le sourire aux lèvres. Humour toujours lorsque Josef Schovanec évoque l’autisme dont font preuve les politiciens  : « Nous sommes 600 000 autistes en France pour 600 000 élus ». Les rires fusent, l’audience est conquise. D’autres idées reçues sont balayées : si l’autisme est souvent associé au génie informatique (il ne représente que 20 %), on parle moins de l’autisme artistique. Et pourtant : le designer Philippe Starck, qui crée dans une autarcie quasi totale, est atteint d’une forme d’autisme, tout comme la chef couturière à l’origine de l’univers onirique de Lolita Lempicka. Preuve qu’il est possible de transcender son handicap, ou de le mettre au service d’une bonne cause . C’est le cas d’Eric, un ami de Josef Schovanec. SDF à Rio de Janeiro, il obtient le droit d’asile et crée un centre social dédié au coaching à la mendicité. Une imagination débordante peut elle aussi être une forme d’autisme : Jules Verne a écrit avec beaucoup de précision sur le thème du voyage alors qu’il n’a jamais voyagé de sa vie.

On sort galvanisé de ce fascinant « Voyage en Austistan » d’1h30 auquel Josef Schovanec nous a conviés. A l’issue de la conférence, le public a pu échanger avec le philosophe et prolonger la rencontre lors d’une séance de dédicace de l’auteur.   Celui que rien ne prédestinait à la vie de « saltimbanque autiste » est victime de son succès : rupture de stock en moins de trente minutes. Que ceux qui ont manqué la conférence se rassurent, elle est disponible en podcast sur le portail de l’Université.

La journée mondiale de sensibilisation à l’autisme du 2 avril se poursuit samedi 8 à 10h30 au Cinéma Utopia avec la projection du film “Pourvu qu’on m’aime” de Carlos Zoratti.

BàC a recueilli le témoignage de Sophie Marcatand, la présidente du TEDAI 84, et les impressions des auditeurs suite à la conférence
(montage : Jean Fichefeux)